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Archi Magazine
06 avril 2026

Il magnifico debutto romano del Trio Nebelmeer

Mauro Mariani

https://www.archi-magazine.it/articoli.php?art=242

Le cycle « Giovani Concertisti » de la Fondation Sincronìa a accueilli à Rome un concert du trio français Nebelmeer, lauréat l'année dernière du prestigieux Concours international « Premio Trio di Trieste ». Le nom de ce trio trahit un penchant particulier pour l'univers romantique et mérite peut-être une explication :
Nebelmeer (« Mer de brouillard ») est en effet un hommage à Caspar David Friedrich et en particulier à l’un de ses tableaux
considéré comme une icône du romantisme allemand, Der Wanderer über dem Nebelmeer (« Le Voyageur au-dessus de la mer debrouillard »), dont ils n’ont repris que le dernier mot, tant pour des raisons évidentes de concision que parce qu’il existe déjà un Trio
Wanderer, avec lequel ces trois jeunes Français ont d’ailleurs étudié.

Ce concert s’inscrivait dans le cadre d’une tournée qui a fait étape dans de nombreuses villes italiennes, mais le programme présenté à Rome était différent de tous les autres. Il s’ouvrait en effet sur le Trio de Rebecca Clarke, née en 1886 à Harrow, près de Londres, et décédée en 1979 à New York. Elle est longtemps restée presque totalement ignorée, jusqu’à ce qu’elle soit redécouverte dans le cadre du mouvement de réévaluation du rôle des femmes dans le monde de la composition. Sa biographie nous raconte les nombreuses difficultés qu’elle a rencontrées et qui, à la longue, lui ont rendu impossible de concilier sa vie privée avec son activité de compositrice : « Je ne peux pas le faire – écrivait-elle – si ce n’est pas la première chose à laquelle je pense en me levant le matin et la dernière à laquelle je pense chaque soir avant d’aller
me coucher ». Cela la poussa à cesser de composer vers le milieu des années 40, malgré les encouragements de son mari, lui-même compositeur. Composé en 1921, son Trio est étranger au néoclassicisme stravinskien et a fortiori à la sérialité schoenbergienne ; il transpose un contenu romantique tardif dans une forme classique reprise assez librement mais néanmoins bien équilibrée, qui alterne des sections passionnées et vigoureuses avec d’autres intimes et recueillies, souvent mises en contact direct avec des changements brusques d’atmosphère. Et Clarke fait preuve d’une technique raffinée et d’une grande assurance pour obtenir le résultat souhaité.

Le concert s’est poursuivi et s’est achevé avec le Trio n° 1 en ré mineur op. 49 de Mendelssohn, un chef-d’œuvre de la musique de chambre de l’époque romantique, composé en 1839 et joué pour la première fois cette même année lors d’une réunion privée chez Schumann, qui l’a comparé aux trios de Beethoven et de Schubert et a affirmé que Mendelssohn était le musicien « qui a le plus clairement identifié les contradictions de l’époque et le premier à les avoir réconciliées entre elles ». En effet, les moments romantiquement agités et passionnés ne manquent pas, mais ils sont maintenus dans le cadre d’un équilibre formel solide, alternant avec d’autres plus calmes, comme le deuxième mouvement, ou légers et vifs comme le Scherzo.

Le Trio Nebelmeer a démontré qu’il avait atteint, en quelques années d’existence, un niveau technique et interprétatif tel qu’il n’a rien à envier aux trios les plus connus et les plus mûrs du moment. Le son est beau et bien timbré, plutôt robuste mais aussi capable de moments d’intimité chaleureuse ou de brillante légèreté. La cohésion et la complicité entre les trois instruments sont excellentes. La charge émotionnelle qu’ils mettent dans
leurs interprétations est entraînante. Le résultat ne pouvait donc qu’être excellent et, en effet, leur concert a été une
véritable fête pour l’oreille et pour le cœur (pardonnez-moi ce terme désormais désuet).